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Traité de Locarno


À l'été 1925, le ministre allemand des Affaires étrangères Gustav Stresemann a proposé que la France, l'Allemagne et la Belgique reconnaissent comme permanentes leurs frontières, ce qui a été convenu à Versallies. Cela comprenait la promesse de ne pas envoyer de troupes allemandes en Rhénanie et l'acceptation que l'Alsace-Lorraine faisait définitivement partie de la France. Le ministre français des Affaires étrangères, Aristide Briand, était d'accord avec les propositions de Stressemann et avec Austen Chamberlain a signé le traité. Cependant, comme l'Allemagne refusait de garantir ses frontières orientales, la France cherchait à donner à la Pologne et à la Tchécoslovaquie la sécurité dont elles avaient besoin en signant des traités avec elles.

Le ministre français des Affaires étrangères, Aristide Briand, était d'accord avec les propositions de Stressemann et avec Austen Chamberlain a signé le traité. Cependant, comme l'Allemagne refusait de garantir ses frontières orientales, la France cherchait à donner à la Pologne et à la Tchécoslovaquie la sécurité dont elles avaient besoin en signant des traités avec elles.

Le traité de Locarno est signé en octobre 1925. Il permet à l'Allemagne d'être admise à la Société des Nations.

Au moment de parapher les traités qui ont été rédigés ici, permettez-moi de dire quelques mots au nom du chancelier et au mien. Les délégués allemands approuvent le texte du protocole final et de ses annexes, accord auquel nous avons donné suite en ajoutant nos initiales. Nous accueillons avec joie et de tout cœur le grand développement du concept européen de paix qui trouve son origine dans cette réunion de Locarno, et comme le traité de Locarno, est destiné à être un jalon dans l'histoire des relations des États et des peuples entre eux . Nous nous félicitons en particulier de la conviction exprimée dans ce protocole final que nos travaux conduiront à une diminution des tensions entre les peuples et à une solution plus facile de tant de problèmes politiques et économiques.

Nous avons pris la responsabilité de parapher les traités parce que nous vivons dans la foi que seule la coopération pacifique des États et des peuples peut assurer ce développement, qui n'est nulle part plus important que pour cette grande terre civilisée d'Europe dont les peuples ont tant souffert dans les années qui sont derrière nous. Nous l'avons surtout entrepris parce que nous sommes fondés à croire que les effets politiques des traités se révéleront à notre avantage particulier pour soulager les conditions de notre vie politique. Mais quelle que soit l'importance des accords qui sont ici incarnés, les traités de Locarno n'atteindront leur importance la plus profonde dans le développement des nations que si Locarno ne veut pas être la fin mais le début d'une coopération confiante entre les nations. Que ces perspectives et les espoirs fondés sur nos travaux se réalisent, c'est le vœu sincère que les délégués allemands exprimeraient en ce moment solennel.

Au moment où les travaux commencés à Locarno s'achèvent par notre signature à Londres, je voudrais avant tout vous exprimer, Sir Austen Chamberlain, notre gratitude pour ce que nous vous devons en reconnaissance de votre leadership dans le travail qui s'achève ici aujourd'hui. Nous n'avions, comme vous le savez, aucun président pour présider nos négociations à Locarno. Mais c'est grâce aux grandes traditions de votre pays, qui peuvent remonter à une expérience de plusieurs centaines d'années, que les lois non écrites fonctionnent bien mieux que la forme sous laquelle l'homme pense maîtriser les événements. Ainsi, la Conférence de Locarno, si informelle, a été couronnée de succès. Cela a été possible parce qu'en vous, Sir Austen Chamberlain, nous avions un chef qui, par son tact et sa gentillesse, soutenu par sa charmante épouse, a créé cette atmosphère de confiance personnelle qui peut bien être considérée comme faisant partie de ce que l'on entend par l'esprit de Locarno. Mais autre chose était plus important que l'approche personnelle, et c'était la volonté, si vigoureuse en vous et en nous, de mener à terme ce travail. D'où la joie que vous avez ressentie comme nous tous, lorsque nous sommes venus parapher ces documents à Locarno. D'où notre sincère gratitude à vous ici aujourd'hui.

En parlant du travail accompli à Locarno, permettez-moi de le regarder à la lumière de cette idée de forme et de volonté. Nous avons tous eu à faire face à des débats sur cette réalisation dans nos Chambres respectives du Parlement La lumière a été jetée sur elle dans toutes les directions, et des tentatives ont été faites pour découvrir s'il ne pouvait pas y avoir de contradictions dans telle ou telle clause. A ce propos, je dis un mot ! Je vois à Locarno non pas une structure juridique d'idées politiques, mais la base de grands développements à venir. Les hommes d'État et les nations y proclament leur objectif de préparer la voie aux aspirations de l'humanité à la paix et à la compréhension. Si le pacte n'était qu'un ensemble de clauses, il ne tiendrait pas. La forme qu'elle cherche à trouver à la vie commune des nations ne deviendra réalité que si derrière elle se dresse la volonté de créer des conditions nouvelles en Europe, volonté qui a inspiré les paroles que vient de prononcer Herr Briand. '

Je voudrais vous exprimer, Herr Briand, ma profonde gratitude pour ce que vous avez dit sur la nécessité de la coopération de tous les peuples - et en particulier de ceux qui ont tant souffert dans le passé. Vous êtes parti de l'idée que chacun de nous appartient en premier lieu à son propre pays, et devrait être un bon Français, Allemand, Anglais, comme faisant partie de son propre peuple, mais que chacun est aussi citoyen de l'Europe, attaché à la grande idée culturelle qui s'exprime dans le concept de notre continent. Nous avons le droit de parler d'une idée européenne ; cette Europe qui est la nôtre a fait de si vastes sacrifices dans la Grande Guerre, et pourtant elle est confrontée au danger de perdre, par les effets de cette Grande Guerre, la position à laquelle elle a droit par tradition et par développement.

Les sacrifices consentis par notre continent pendant la guerre mondiale sont souvent mesurés uniquement par les pertes matérielles et les destructions qui ont résulté de la guerre. Notre plus grande perte est qu'une génération a péri à partir de laquelle nous ne pouvons pas dire combien d'intellect, de génie, de force d'action et de volonté auraient pu arriver à maturité, s'il leur avait été donné de vivre leur vie. Mais avec les convulsions de la guerre mondiale, un fait est apparu, à savoir que nous sommes liés les uns aux autres par un destin unique et commun. Si nous descendons, nous descendons ensemble ; si nous voulons atteindre les sommets, nous ne le faisons pas par des conflits mais par un effort commun.

Pour cette raison, si nous croyons en l'avenir de nos peuples, nous ne devons pas vivre dans la désunion et l'inimitié, nous devons nous donner la main dans un travail commun. Ce n'est qu'ainsi qu'il sera possible de jeter les bases d'un avenir dont vous, Herr Briand, avez parlé avec des mots que je ne peux que souligner, qu'il doit être basé sur une rivalité d'accomplissement spirituel, non de force. Dans une telle coopération, il faut chercher les bases de l'avenir. La grande majorité du peuple allemand est fermement attachée à une telle paix. Forts de cette volonté de paix, nous avons apposé notre signature sur ce traité. Il s'agit d'introduire une nouvelle ère de coopération entre les nations. C'est clore les sept années qui ont suivi la guerre, par un temps de paix réelle, porté par la volonté d'hommes d'État responsables et clairvoyants, qui nous ont montré la voie d'un tel développement, et seront soutenus par leurs peuples, qui sachez que ce n'est qu'ainsi que la prospérité peut augmenter. Puissent les générations futures bénir ce jour comme le début d'une nouvelle ère.


Contenu

La discussion de Locarno est née d'échanges de notes entre l'Empire britannique, la France et l'Allemagne au cours de l'été 1925 à la suite de la proposition du ministre allemand des Affaires étrangères Gustav Stresemann du 9 février pour une réciprocité des frontières occidentales de son pays telles qu'établies en vertu du traité de Versailles de 1919 défavorable, en tant que moyen de faciliter la réhabilitation diplomatique de l'Allemagne auprès des puissances occidentales.

Au moins l'une des principales raisons pour lesquelles la Grande-Bretagne a promu le Pacte de Locarno de 1925, en plus de promouvoir la réconciliation franco-allemande, était la compréhension que si les relations franco-allemandes s'amélioraient, la France abandonnerait progressivement le Cordon sanitaire, comme le système d'alliance français en Europe de l'Est était connu entre les deux guerres. Une fois que la France aurait abandonné ses alliés en Europe de l'Est, créant ainsi une situation où les Polonais et les Tchécoslovaques n'ayant pas de grande puissance pour les protéger de l'Allemagne, seraient contraints de s'adapter aux exigences allemandes, et donc du point de vue britannique remettre pacifiquement les territoires revendiqués par l'Allemagne tels que les Sudètes, le corridor polonais et la ville libre de Dantzig (aujourd'hui Gdańsk, Pologne). De cette manière, la promotion du révisionnisme territorial en Europe de l'Est en faveur de l'Allemagne était l'un des principaux objectifs britanniques de Locarno, faisant de Locarno un des premiers exemples d'apaisement.


Traité de Locarno - Histoire

Traité de Locarno
Texte du Pacte de Locarno entre l'Allemagne, la Belgique, la France, la Grande-Bretagne et l'Italie

Le Président du Reich allemand, Sa Majesté le Roi des Belges, le Président de la République française, Sa Majesté le Roi du Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d'Irlande et des Dominions britanniques d'outre-mer, l'Empereur des Indes, et Son Majesté le roi d'Italie

Soucieux de satisfaire le désir de sécurité et de protection qui anime les peuples sur qui s'abattit le fléau de la guerre de 1914-1918 Prenant acte de l'abrogation des traités de neutralisation de la Belgique, et conscient de la nécessité d'assurer la paix dans la région qui a été si fréquemment le théâtre de conflits européens

Animé également du désir sincère de donner à toutes les Puissances signataires concernées des garanties supplémentaires dans le cadre du Pacte de la Société des Nations et des traités en vigueur entre elles

Ont déterminé à conclure un traité avec ces objets, et ont nommé pour leurs plénipotentiaires :

[Les noms des diplomates participants apparaissent ici dans le document original]

Lesquels, après s'être communiqué leurs pleins pouvoirs, trouvés en bonne et due forme, sont convenus de ce qui suit :

ARTICLE 1.
Les Hautes Parties contractantes garantissent collectivement et solidairement, dans les conditions prévues aux articles suivants, le maintien du statu quo territorial résultant des frontières entre l'Allemagne et la Belgique et entre l'Allemagne et la France, et l'inviolabilité desdites frontières fixée par ou en exécution du traité de paix signé à Versailles le 28 juin 1919, ainsi que l'observation des stipulations des articles 42 et 43 dudit traité concernant la zone démilitarisée.

ARTICLE 2.
L'Allemagne et la Belgique, ainsi que l'Allemagne et la France, s'engagent mutuellement à ne jamais s'attaquer, ni s'envahir, ni se faire la guerre.

Cette stipulation ne s'applique toutefois pas en cas de :

(1) L'exercice du droit de légitime défense, c'est-à-dire la résistance à une violation de l'engagement contenu à l'alinéa précédent ou à une violation flagrante des articles 42 ou 43 dudit Traité de Versailles, si cette violation constitue un acte d'agression non provoqué et en raison du rassemblement de forces armées dans la zone démilitarisée, une action immédiate est nécessaire

(2) Action en application de l'article 16 du Pacte de la Société des Nations

(3) Action résultant d'une décision prise par l'Assemblée ou par le Conseil de la Société des Nations ou en application de l'article 15, paragraphe 7, du Pacte de la Société des Nations, à condition que, dans ce dernier cas, l'action est dirigée contre un État qui a été le premier à attaquer.

ARTICLE 3.
Compte tenu des engagements pris à l'article 2 du présent traité, l'Allemagne et la Belgique, et l'Allemagne et la France, s'engagent à régler par des moyens pacifiques et de la manière prévue par le présent traité toutes les questions de toute nature qui pourraient surgir entre elles et qu'elles peut ne pas être possible de régler par les méthodes normales de la diplomatie :

Toute question au sujet de laquelle les Parties sont en conflit quant à leurs droits respectifs sera soumise à une décision judiciaire, et les parties s'engagent à se conformer à cette décision.

Toutes les autres questions sont soumises à une commission de conciliation. Si les propositions de cette commission ne sont pas acceptées par les deux Parties, la question sera portée devant le Conseil de la Société des Nations, qui en traitera conformément à l'article 15 du pacte de la Société.

Les modalités de réalisation d'un tel règlement pacifique font l'objet d'Accords particuliers signés ce jour.

ARTICLE 4.
(1) Si l'une des Hautes Parties contractantes allègue qu'une violation de l'article 2 du présent traité ou une violation des articles 42 ou 43 du traité de Versailles a été ou est en train d'être commise, elle portera immédiatement la question devant le Conseil de la Société des Nations.

(2) Dès que le Conseil de la Société des Nations sera convaincu qu'une violation ou une infraction a été commise, il notifiera sans délai son constat aux Puissances signataires du présent Traité, qui conviennent solidairement qu'en ce cas elles ils viennent immédiatement au secours de la Puissance contre laquelle est dirigé l'acte reproché.

(3) En cas de violation flagrante de l'article 2 du présent traité ou de violation flagrante des articles 42 ou 43 du traité de Versailles par l'une des Hautes Parties contractantes, chacune des autres Parties contractantes s'engage à venir immédiatement au secours de la Partie contre laquelle une telle violation ou infraction a été dirigée dès que ladite Puissance a pu s'assurer que cette violation constitue un acte d'agression non provoqué et qu'en raison soit du franchissement de la frontière, soit du le déclenchement des hostilités ou du rassemblement de forces armées dans la zone démilitarisée, une action immédiate est nécessaire. Néanmoins, le Conseil de la Société des Nations, qui sera saisi de la question conformément au premier alinéa du présent article, rendra ses conclusions, et les Hautes Parties contractantes s'engagent à se conformer aux recommandations du Conseil, à condition qu'elles sont approuvées par tous les Membres autres que les représentants des Parties qui ont pris part aux hostilités.

ARTICLE 5.
Les dispositions de l'article 3 du présent traité sont placées sous la garantie des Hautes Parties contractantes dans les conditions prévues par les stipulations suivantes :

Si l'une des Puissances visées à l'article 3 refuse de soumettre un différend au règlement pacifique ou de se conformer à une décision arbitrale ou judiciaire et commet une violation de l'article 2 du présent traité ou une violation des articles 42 ou 43 du traité de Versailles, les dispositions de l'article 4 du présent traité sont applicables.

Lorsqu'une des Puissances visées à l'article 3, sans commettre une violation de l'article 2 du présent traité ou une violation des articles 42 ou 43 du traité de Versailles, refuse de soumettre un différend à un règlement pacifique ou de se conformer à une procédure arbitrale ou décision judiciaire, l'autre Partie portera l'affaire devant le Conseil de la Société des Nations, et le Conseil proposera les mesures à prendre par les Hautes Parties contractantes pour se conformer à ces propositions.

ARTICLE 6.
Les dispositions du présent Traité n'affectent pas les droits et obligations des Hautes Parties contractantes en vertu du Traité de Versailles ou d'arrangements complémentaires à celui-ci, y compris les Accords signés à Londres le 30 août 1924.

ARTICLE 7.
Le présent Traité, qui vise à assurer le maintien de la paix et est conforme au Pacte de la Société des Nations, ne doit pas être interprété comme restreignant le devoir de la Société de prendre toute mesure jugée sage et efficace pour sauvegarder la paix du monde.

ARTICLE 8.
Le présent traité sera enregistré à la Société des Nations conformément au Pacte de la Société. Il restera en vigueur jusqu'à ce que le Conseil, statuant à la demande de l'une ou l'autre des Hautes Parties contractantes notifiée aux autres Puissances signataires trois mois à l'avance, et votant au moins à la majorité des deux tiers, décide que la Ligue des Nations Unies assure une protection suffisante aux Hautes Parties contractantes, le Traité cessera d'avoir effet à l'expiration d'un délai d'un an à compter de cette décision.

ARTICLE 9.
Le présent traité n'imposera aucune obligation à aucun des dominions britanniques ou à l'Inde, à moins que le gouvernement de ce dominion ou de l'Inde n'en signifie l'acceptation.

ARTICLE 10.
Le présent Traité sera ratifié et les ratifications seront déposées à Genève dans les archives de la Société des Nations aussitôt que possible.

Il entrera en vigueur dès que toutes les ratifications auront été déposées et que l'Allemagne sera devenue membre de la Société des Nations.

Le présent traité, rédigé en un seul exemplaire, sera déposé dans les archives de la Société des Nations, et le Secrétaire général sera prié d'en transmettre des copies certifiées conformes à chacune des Hautes Parties contractantes.

En foi de quoi les plénipotentiaires susmentionnés ont signé le présent traité.

Fait à Locarno, le 16 octobre 1925.


27/11 – Traité de Locarno

De gauche à droite : Stresemann, Chamberlain (Royaume-Uni) et Briand (France) en train d'élaborer le traité de Locarno en 1925. (source : Wikimedia Commons)

Ce jour-là en 1925, le parlement allemand a ratifié (signé dans la loi) le Traité de Locarno. Signé par la France, la Belgique, l'Allemagne, l'Italie et l'Angleterre, le traité avait trois objectifs principaux : consolider les frontières de l'Europe après la Première Guerre mondiale, faire entrer l'Allemagne dans la Société des Nations (le prédécesseur raté des Nations Unies) et démilitariser complètement la Rhénanie et #8211 La région industrielle de l'Allemagne. Organisé par le ministre allemand des Affaires étrangères Gustav Stresemann, le traité a été conçu pour restaurer la réputation de l'Allemagne en tant que puissance européenne et rassurer les autres nations européennes. Le traité a été considéré comme une victoire pour toutes les parties concernées, il a amélioré la position de l'Allemagne. Weimar gouvernement, garantissait la sécurité de la France et liait tous les participants à un pacte de protection mutuelle.

Stresemann a remporté un prix Nobel de la paix en 1926 pour ses efforts, mais le succès de Locarno a exaspéré la croissance nazi (Parti national-socialiste des travailleurs allemands) chez lui en Allemagne. Les nazis ont estimé que Locarno a émasculé leur pays et injustement puni les Allemands pour la Première Guerre mondiale, un effort qui avait commencé avec l'impopulaire Traité de Versailles en 1919. Le traité de Locarno a été considéré comme un succès retentissant pour le nouvel ordre international et a inauguré une nouvelle ère de coopération européenne. Mais la haine qu'il inspirait aux nazis et à d'autres groupes nationalistes montre le fossé profond et caché qui grandissait sous la surface de la société européenne au cours des années 1920 et 1930. L'affrontement entre la coopération mondialiste et la fureur nationaliste a défini cette époque - et il pourrait en venir à définir notre présent.


Dénonciation allemande du traité de Locarno

C'est la troisième fois, dans la courte période de dix-huit mois au cours de laquelle l'Union soviétique a été membre de la Société des Nations, que son représentant au Conseil de la Société a eu à s'exprimer au sujet d'une violation des obligations internationales .

La première fois était liée à la violation par l'Allemagne des clauses militaires du traité de Versailles. La deuxième fois, c'était à l'occasion du conflit italo-abyssin. La troisième, aujourd'hui, résulte de la violation unilatérale par l'Allemagne à la fois du traité de Versailles et du pacte de Locarno.

Dans les trois cas, l'Union soviétique était soit formellement désintéressée parce qu'elle n'avait pas pris part aux traités violés, comme dans le cas de Versailles et de Locarno, soit, comme dans le cas du conflit italo-abyssin, sa propre les intérêts n'étaient pas du tout touchés.

Ces circonstances n'ont pas empêché par le passé et n'empêcheront pas en l'espèce le représentant de l'Union soviétique de prendre sa place parmi les membres du Conseil qui manifestent de la manière la plus décisive leur indignation devant une violation des obligations internationales, le condamner et soutenir les mesures les plus efficaces pour éviter des infractions similaires à l'avenir.

Cette attitude de l'Union soviétique est prédéterminée par sa politique générale de lutte pour la paix, pour l'organisation collective de la sécurité et pour le maintien de l'un des instruments de la paix, l'actuelle Société des Nations. Nous considérons qu'on ne peut lutter pour la paix sans défendre en même temps l'intégrité des obligations internationales, notamment celles qui ont une incidence directe sur le maintien des frontières existantes, sur les armements et sur les agressions politiques ou militaires. On ne peut lutter pour l'organisation collective de la sécurité sans adopter des mesures collectives contre les manquements aux obligations internationales.

On ne range cependant pas parmi de telles mesures la capitulation collective face à l'agresseur, face à une infraction aux traités ou l'encouragement collectif à de telles infractions, et encore moins la convention collective à une prime pour l'agresseur en adoptant une base d'accord, ou d'autres plans acceptables ou rentables pour l'agresseur.

Nous ne pouvons pas préserver la Société des Nations, fondée sur le caractère sacré des traités internationaux (y compris le Pacte de la Société lui-même), si nous fermons les yeux sur les violations de ces traités, ou nous limitons à des protestations verbales, et ne prenons pas de mesures plus efficaces pour la défense des engagements internationaux.

On ne peut pas préserver la Société des Nations si elle n'exécute pas ses propres décisions et engagements, mais, au contraire, habitue l'agresseur à ignorer ses recommandations, ses admonestations ou ses avertissements.

Une telle Société des Nations ne sera jamais prise au sérieux par personne. Les résolutions d'une telle Ligue ne deviendront que la risée. Une telle Ligue n'est pas requise, et j'irai plus loin et je dirai qu'une telle Ligue peut même être nuisible, car elle peut endormir la vigilance des nations et faire naître chez elles des illusions qui les empêcheront d'adopter elles-mêmes les mesures nécessaires de légitime défense à temps.

La responsabilité de la Société des Nations et de son organe directeur, le Conseil, est d'autant plus grande que la violation des obligations internationales en discussion est d'autant plus simple. Le trait caractéristique des trois cas que je viens de mentionner est leur simplicité-simplicité en ce sens que l'établissement du fait même d'une violation d'obligations internationales ne représentait aucune difficulté et ne pouvait soulever ni différends ni différends. Quand je parle de l'absence de différends et de différends, je ne pense bien entendu pas à l'État particulier qui est accusé d'avoir enfreint les traités. Un tel État niera naturellement toujours la violation ou, en tout cas, inventera toutes sortes d'arguments pour justifier son action. On ne peut concevoir un cas où un tel État déclarerait ouvertement qu'il n'a aucune justification et qu'il est seul à blâmer, et personne d'autre.

La question en discussion à la présente session du Conseil surpasse même les cas précédents par sa simplicité, au sens que j'ai indiqué. Ici, nous trouvons non seulement une violation substantielle des traités, mais l'ignorance d'une clause particulière d'un traité, fournissant une méthode de règlement des différends qui peuvent survenir en cas de violation alléguée ou réelle du traité.

Avant de tirer des conclusions définitives sur les actions du gouvernement allemand, je pense simplement à prendre en compte tout ce qui a été dit par M. Hitler pour justifier ces actions ou pour déprécier leur importance.

Le gouvernement allemand affirme que la France a été la première à rompre le traité de Locarno dans l'esprit et la lettre, en concluant un pacte d'assistance mutuelle avec l'Union soviétique. Elle a demandé des explications aux autres puissances de Locarno, à savoir la Grande-Bretagne et l'Italie. Il faut imaginer que, si ces Puissances avaient été d'accord avec la thèse allemande selon laquelle le pacte franco-soviétique est incompatible avec le traité de Locarno, l'Allemagne aurait utilisé au maximum leurs conclusions. Mais, comme ces puissances sont parvenues à une conclusion différente, l'Allemagne déclare péremptoirement que la France, la Grande-Bretagne, la Belgique et l'Italie - c'est-à-dire les autres puissances de Locarno - interprètent incorrectement le traité de Locarno et que la seule interprétation correcte est la sienne. C'est sans doute une méthode extrêmement commode pour résoudre les questions internationales controversées - lorsqu'un pays, convaincu de l'injustice de sa cause, s'attribue d'abord les fonctions de juge dans sa propre cause, puis celles d'officier de shérif.

Que l'affirmation allemande de l'incompatibilité du pacte franco-soviétique et du traité de Locarno ne tiendra pas la route découle avec une clarté absolue du caractère entièrement défensif du pacte. Le monde entier sait que ni l'Union soviétique ni la France ne revendiquent le territoire allemand et qu'elles ne s'efforcent pas de changer les frontières de l'Allemagne. Si l'Allemagne n'entreprend aucune agression contre la France ou l'Union soviétique, le Pacte ne commencera pas à fonctionner. Mais si l'Union soviétique est victime d'une attaque de l'Allemagne, le traité de Locarno donne à la France, comme à tout autre membre de la Société des Nations, le droit incontestable de venir en aide à l'Union soviétique. Dans ce cas, une définition sans équivoque de l'agresseur est facilitée par l'absence de frontière commune entre l'Allemagne et l'Union soviétique. Si les forces armées allemandes franchissent les frontières de leur propre pays et traversent les États et les mers divisant les deux pays pour envahir le territoire de l'Union soviétique, l'agression allemande sera bien visible, et vice versa.

Je sais qu'il y a des gens qui voient vraiment une expression particulière de l'amour de l'Allemagne pour la paix dans l'offre à la France et à la Belgique d'un pacte de non-agression pour vingt-cinq ans, garanti par la Grande-Bretagne et l'Italie. Ces gens oublient que le traité de Locarno que l'Allemagne vient de déchirer représentait justement un tel pacte de non-agression, avec les mêmes garanties, et sa validité n'était pas de vingt-cinq ans, mais d'une durée indéterminée. L'autre différence était que le traité de Locarno prévoyait des garanties supplémentaires pour la France et la Belgique, sous la forme d'une zone démilitarisée en Rhénanie. Ainsi la prétendue nouvelle proposition faite par l'Allemagne revient au maintien de ce même traité de Locarno, mais avec une réduction de sa durée de validité, et avec une diminution des garanties pour la Belgique et la France dont elles jouissaient en vertu de l'ancien traité de Locarno. Mais ces garanties limitées que M. Hitler propose maintenant pourraient être offertes à la France et à la Belgique par les garants de Locarno, s'ils le souhaitent, même sans le consentement et la participation de l'Allemagne. Ainsi, la proposition de M. Hitler revient à ceci : qu'en privant la France et la Belgique de certaines garanties dont elles étaient dotées par le traité de Locarno, il veuille conserver à l'Allemagne tous les avantages de ce traité dans leur totalité.

Mais l'amour de la paix de M. Hitler ne s'arrête pas là. Il est prêt à signer des pactes de non-agression, non seulement avec la France et la Belgique, mais avec les autres, sans garantie de qui que ce soit. L'Union soviétique a elle-même signé des pactes de non-agression avec tous ses voisins (à l'exception du Japon, qui rejette un tel pacte jusqu'à ce jour). Mais l'Union soviétique a toujours attaché une grande importance au fait que ces pactes ne doivent pas faciliter l'agression contre des tiers. Nous avons donc toujours inclus dans ces pactes une clause spéciale, libérant l'une ou l'autre des parties contractantes de toute obligation en vertu du pacte si l'autre partie commet un acte d'agression contre un État tiers. Une telle clause sera cependant absente des pactes proposés par M. Hitler, selon le modèle qu'il a indiqué. A sans une telle clause, le système de pactes proposé se réduit au principe de localisation de la guerre qui est prêché par M. Hitler. Tout Etat qui a signé un tel pacte avec l'Allemagne est immobilisé par elle en cas d'attaque de l'Allemagne contre un Etat tiers.

Cette proposition de M. Hitler me donne l'impression que nous sommes confrontés à une nouvelle tentative de diviser l'Europe en deux ou plusieurs parties, dans le but de garantir la non-agression d'une partie de l'Europe afin d'avoir les mains libres pour traiter avec d'autres parties. Comme j'ai déjà eu à le souligner à Genève, un tel système de pactes ne fait qu'accroître la sécurité de l'agresseur et non la sécurité des nations éprises de paix.

En supposant, cependant, que les propositions pacifiques que j'ai énumérées ne seront pas considérées comme une compensation suffisante pour une violation des lois internationales, l'Allemagne exprime sa volonté de revenir à la Société des Nations. Comme d'autres Membres de la Société des Nations, nous regrettons sincèrement l'incomplétude de la Société et l'absence de certains grands pays, notamment l'Allemagne. Nous accueillerons également le retour en son sein de l'Allemagne hitlérienne, si et quand nous serons convaincus qu'elle a reconnu ces principes fondamentaux sur lesquels repose la Ligue, et sans lesquels elle ne cesserait pas seulement d'être un instrument de paix, mais pourrait éventuellement se transformer en son contraire. Parmi ces principes figurent en premier lieu le respect des traités internationaux, le respect de l'inviolabilité des frontières existantes, la reconnaissance de l'égalité de tous les Membres de la Société des Nations, le soutien à l'organisation collective de la sécurité et la renonciation au règlement des différends internationaux. par l'épée.

Avant de conclure, permettez-moi d'exprimer l'espoir que je ne serai pas mal compris, et que la conclusion ne sera pas tirée de ce que j'ai dit que l'Union soviétique ne propose que l'enregistrement, la condamnation, des mesures sévères et rien d'autre qu'elle se déclare contre les négociations et un règlement pacifique du grave différend qui a surgi. Une telle conclusion présenterait une image complètement fausse de notre conception. Nous ne sommes pas moins, mais au contraire plus intéressés que d'autres au maintien de la paix, aujourd'hui et pour les décennies à venir, et pas seulement dans une région d'Europe, mais dans toute l'Europe et partout le monde. Nous sommes résolument contre tout ce qui pourrait rapprocher d'un seul mois une guerre. Mais nous sommes également contre les décisions hâtives, dictées plutôt par une peur excessive et d'autres émotions que par un calcul sobre des réalités-décisions qui, bien que présentées comme éliminant aujourd'hui les causes d'une guerre imaginaire, créent toutes les conditions pour qu'une guerre réelle -demain. Nous sommes pour un accord international qui non seulement consoliderait les bases existantes de la paix, le projet de loi, si possible, créerait également de nouvelles bases. Nous sommes pour la participation à un tel accord de tous les pays qui le souhaitent. Mais nous nous opposons à l'idée que le retrait de la Société des Nations, la violation brutale des traités internationaux et les coups de sabre devraient conférer à un État le privilège de dicter à l'ensemble de l'Europe ses conditions de négociations, de choisir les participants à ces négociations pour à sa convenance et d'imposer son propre schéma d'accord. Nous sommes contre des négociations procédant sur une base qui désorganise les rangs des partisans sincères de la paix et qui doit inévitablement conduire à la destruction de la seule politique interétatique la Société des Nations. Nous sommes d'avis que les partisans sincères de la paix n'ont pas moins le droit que les briseurs de traités de proposer leur projet d'organisation de la paix européenne. Nous sommes pour la création de la sécurité pour toutes les nations d'Europe, et contre une demi-paix qui n'est pas du tout la paix mais la guerre.

Mais, quels que soient les nouveaux accords internationaux que nous souhaiterions conclure, nous devons d'abord assurer leur exécution loyale par tous ceux qui y participent, et le Conseil de la Société des Nations doit déclarer son attitude à l'égard des violations unilatérales de tels accords, et comment il entend et est capable de réagir contre eux. De ce point de vue, la plus grande satisfaction possible de la plainte formulée par les Gouvernements français et belge devient d'une importance exceptionnelle. Prenant acte de cela, je déclare au nom de mon gouvernement qu'il est prêt à prendre part à toutes les mesures qui pourraient être proposées au Conseil de la Société par les Puissances de Locarno et qui seraient acceptables pour les autres membres du Conseil.

La source: Société des Nations, Journal officiel (avril 1936), p. 319.


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La discussion de Locarno est née d'échanges de notes entre l'Empire britannique, la France et l'Allemagne au cours de l'été 1925 à la suite de la proposition du ministre allemand des Affaires étrangères Gustav Stresemann du 9 février pour une réciprocité des frontières occidentales de son pays telles qu'établies en vertu du traité de Versailles de 1919 défavorable, en tant que moyen de faciliter la réhabilitation diplomatique de l'Allemagne auprès des puissances occidentales.

Au moins l'une des principales raisons pour lesquelles la Grande-Bretagne a promu le Pacte de Locarno de 1925, en plus de promouvoir la réconciliation franco-allemande, était la compréhension que si les relations franco-allemandes s'amélioraient, la France abandonnerait progressivement le Cordon sanitaire, comme le système d'alliance français en Europe de l'Est était connu entre les deux guerres. [ 7 ] Une fois que la France aurait abandonné ses alliés en Europe de l'Est, créant ainsi une situation où les Polonais et les Tchécoslovaques n'ayant aucune grande puissance pour les protéger de l'Allemagne, seraient contraints de s'adapter aux exigences allemandes, et donc, du point de vue britannique, remettraient pacifiquement sur les territoires revendiqués par l'Allemagne tels que les Sudètes, le corridor polonais et la ville libre de Dantzig (aujourd'hui Gdańsk, Pologne). [ 8 ] Ainsi, la promotion du révisionnisme territorial en Europe de l'Est en faveur de l'Allemagne était l'un des principaux objectifs britanniques de Locarno, faisant de Locarno un exemple précoce d'apaisement [ 8 ] douteux - discuter ] .


Quel est le contexte ? 1er décembre 1925 : signature des traités de Locarno

Le 1er décembre 2015 marque le 90e anniversaire de la signature officielle des traités de Locarno au Foreign Office à Londres. Nommé d'après la ville de Suisse où les traités avaient été négociés quelques mois plus tôt, leur objectif était d'apporter la paix et la sécurité en Europe. Cependant, comme l'écrira plus tard le diplomate britannique Harold Nicholson : « L'alchimie céleste de l'esprit de Locarno, la splendeur triomphante de ces jours d'automne, ne s'est pas avérée d'une longue endurance. rapports entre les ministres des Affaires étrangères qui domineront la diplomatie européenne pour le reste des années 1920 : Austen Chamberlain (Royaume-Uni), Aristide Briand (France) et Gustav Stresemann (Allemagne).

De gauche à droite : Gustav Stresemann, Austen Chamberlain et Aristide Briand aux négociations de Locarno.
Source : Bundesarchiv, Bild 183-R03618 @WikiCommons

L'Europe après la Première Guerre mondiale était un endroit instable. L'Allemagne était toujours lésée par le traité de Versailles et voulait des révisions. Cependant, les Allemands étaient encore exclus de nombreuses négociations diplomatiques. La France, la Belgique, la Tchécoslovaquie et la Pologne craignent en revanche un regain de puissance militaire allemande et souhaitent que leurs frontières soient garanties contre une future invasion allemande. Les inquiétudes françaises au sujet d'une Allemagne renaissante, plus nombreuse en termes de population et de capacité industrielle, ont été exacerbées par un règlement de la question des réparations par le biais de ce qui était connu sous le nom de plan Dawes (1924).

En 1923 et 1924, deux tentatives pour assurer la paix par l'intermédiaire de la Société des Nations échouèrent. Le premier à échouer fut le projet de traité d'assistance mutuelle (1923) qui aurait obligé tous les États membres à assister une victime d'agression. Le deuxième à échouer fut le Protocole de Genève pour le règlement pacifique des différends internationaux (1924), qui visait à lier la sécurité et le désarmement à l'arbitrage obligatoire des différends. Tous deux ont été rejetés par le gouvernement britannique à la suite d'objections aux obligations d'assistance militaire et de sanctions économiques.

Le puzzle diplomatique de la sécurité européenne restait donc irrésolu. La France voulait une alliance militaire formelle avec la Grande-Bretagne, espérant éviter les incertitudes de l'engagement britannique à assurer la paix sur le continent dans les années qui ont précédé la Première Guerre mondiale. Cependant, les Britanniques étaient mal à l'aise d'étendre les engagements de défense existants et voulaient plutôt le désarmement, espérant éviter une course aux armements qui, selon beaucoup, avait conduit à la Première Guerre mondiale.

Le 9 février 1925, le ministre allemand des Affaires étrangères Gustav Stresemann propose une garantie mutuelle pour la permanence de la frontière franco-allemande et de la zone démilitarisée de la Rhénanie. Après avoir d'abord hésité, le ministre britannique des Affaires étrangères francophile Austen Chamberlain, a soutenu l'idée comme moyen d'apaiser les craintes françaises d'une résurgence de l'Allemagne. L'essence de ce pacte de garantie mutuelle était que si un pays violait les frontières convenues d'un autre, les pays neutres les appliqueraient militairement. La garantie a ensuite été élargie pour inclure la frontière allemande avec la Belgique.

Au cours de l'été 1925, la forme de l'accord a été débattue. Pourtant, de nombreux marchandages diplomatiques attendaient les hommes d'État alors qu'ils se réunissaient à Locarno, à la pointe nord du lac Majeur, dans le sud de la Suisse, pour finaliser l'accord. Le site a été choisi par Stresemann pour sa neutralité, sa relative liberté vis-à-vis de la presse et sa proximité avec l'Italie si Benito Mussolini, le Premier ministre italien, souhaitait rejoindre le parti pour se prélasser dans la gloire d'un résultat positif (ce qu'il a dûment fait). L'emplacement a opéré sa magie car des promenades en ville, des déjeuners et même une excursion en bateau ont permis de résoudre les points de friction restants. Le 16 octobre, jour du soixante-deuxième anniversaire de Chamberlain (une coïncidence délibérément machinée par la délégation britannique), ils paraphèrent l'accord à la mairie de Locarno.

À l'invitation de Chamberlain, les délégations de Locarno se sont réunies à nouveau le 1er décembre 1925 à Londres pour une signature officielle dans la suite de réception du ministère des Affaires étrangères, qui a ensuite été rebaptisée Locarno Suite. La mort récente de la reine Alexandra n'a pas pu atténuer la jubilation de ce que beaucoup ont salué comme le début de «la Grande Paix». En effet, en 1926, le prix Nobel de la paix a été décerné conjointement à Stresemann et Briand pour leurs efforts sur Locarno. L'année précédente, il avait été partagé entre Chamberlain pour sa promotion du traité et l'Américain Charles Dawes pour son travail sur le règlement des réparations.

La salle de réception du ministère des Affaires étrangères aujourd'hui où les traités de Locarno ont été officiellement signés le 1er décembre 1925

Les traités de Locarno comprenaient des traités d'arbitrage entre l'Allemagne et la France, la Belgique, la Pologne et la Tchécoslovaquie. Cependant, il ne devait pas y avoir de « Locarno oriental ». Au lieu de cela, il y avait de nouveaux traités d'assistance mutuelle entre la France et la Pologne et la France et la Tchécoslovaquie pour compenser l'échec d'obtenir une garantie allemande de ses frontières orientales. Plus important encore, le Pacte rhénan obligeait la Grande-Bretagne et l'Italie à agir contre toute violation des frontières existantes entre la Belgique et l'Allemagne, et la France et l'Allemagne et prévoyait un arbitrage pour régler les futurs différends. Ces cinq puissances rhénanes s'interdisaient la guerre (sauf que la France aiderait la Pologne en cas d'agression allemande). Une fois que l'Allemagne a adhéré à la Société des Nations (comme elle l'a fait en 1926), les violations de ce pacte et les procédures d'arbitrage ultérieures seraient soumises au Conseil de la Société.

Le grand gagnant des négociations et des traités de Locarno fut l'Allemagne qui redevint une puissance respectée. L'Allemagne avait non seulement empêché la formation d'une alliance dirigée contre elle-même, mais avait gagné d'importantes concessions sur les termes du traité de Versailles, telles que le désarmement, les réparations et la menace d'occupation.

Les grands perdants à Locarno étaient la France et ses alliés d'Europe de l'Est. La France a perdu son pouvoir de faire respecter le règlement de Versailles. Si les troupes françaises marchaient à nouveau dans la Ruhr, comme elles l'avaient fait en 1923, la Grande-Bretagne et l'Italie seraient appelées à venir en aide à l'Allemagne contre la France. La France ne pouvait pas faire grand-chose si l'Allemagne faisait ce que les Français craignaient le plus, en refusant les réparations et son engagement en faveur du désarmement. La Pologne et la Tchécoslovaquie se sont retrouvées sans garantie allemande de leurs gains territoriaux du traité de paix. Briand avait obtenu ce qu'il pouvait, y compris, ce qui était crucial pour lui, une garantie britannique des frontières et de la paix de l'Europe.

La Grande-Bretagne a émergé de Locarno en tenant l'équilibre de la paix en Europe, mais sa capacité à garantir la sécurité de la frontière du Rhin était minime. Son armée était impériale, dispersée à travers le monde. La force disponible pour intervenir sur le continent européen, tout comme avant la Première Guerre mondiale, était trop faible pour faire face à la sophistication et à la rapidité de la guerre moderne. Cependant, la puissance navale et financière de la Grande-Bretagne était suffisante pour l'instant pour dissuader les Français et les Allemands du conflit.

Cependant, le fervent désir de paix de Chamberlain n'a apporté l'harmonie qu'à court terme. Le soi-disant « Esprit de Locarno » n'a jamais vraiment tenu. Malgré le triomphe de Stresemann, la garantie de Locarno de la frontière occidentale de l'Allemagne n'a fait qu'alimenter son revanchisme et son révisionnisme croissants. En même temps, les traités de Locarno minaient la Société des Nations. Avec le krach de Wall Street en 1929 et la dépression économique mondiale qui a suivi, l'optimisme et le sentiment de sécurité qui ont caractérisé la seconde moitié des années 1920 ont pris fin. Mais il est important de se rappeler que pendant un certain temps, il y avait une croyance mondiale selon laquelle les guerres futures pourraient être évitées et les conflits pourraient être résolus par des moyens pacifiques et diplomatiques.

Suggestions de lectures complémentaires :

Sally Marks, L'illusion de la paix : les relations internationales en Europe, 1918-1933 (Basingstoke : 2003)


Traité de Locarno - Histoire

De gauche à droite, Gustav Stresemann, Austen Chamberlain et Aristide Briand lors des négociations de Locarno
Du 5 au 16 octobre 1925, une conférence a eu lieu à Locarno en Suisse entre les grandes puissances d'Europe. La conférence était le résultat d'une communication entre les ministres des Affaires étrangères français et britannique et leur homologue allemand. Sept traités en ont résulté et ont été signés à Londres le 1er décembre. Les traités qui ont été signés garantissant la paix en Europe. Les pactes comprenaient un traité de garantie mutuelle des frontières franco-allemandes et belgo-allemandes. Les traités, qui couvraient de nombreux domaines potentiellement contestés, servaient à procurer aux Européens un sentiment de sécurité.

L'occupation française de la Ruhr avait créé de nouvelles tensions en Europe. Il avait également développé un désir chez les Français et les Allemands de trouver un moyen d'assurer la paix future. Les Français souhaitaient une alliance permanente avec la Grande-Bretagne. Winston Churchill, qui était chancelier de l'Échiquier en Angleterre, s'est rendu à Paris au début de 1925. Le président français Gaston Domerge lui a dit que la seule façon d'assurer la paix future de l'Europe était de créer un lien indestructible entre la Grande-Bretagne et la France. Churchill a répondu en disant : " La seule vraie sécurité contre la reprise de la guerre serait un accord complet entre l'Angleterre, la France et l'Allemagne. Cela seul donnerait la sécurité que nous recherchons tous et cela seul permettrait au commerce de l'Europe de s'étendre à des dimensions telles que le fardeau actuel des dettes et des réparations serait supportable et non écrasant. »

Churchill a reconnu que l'Allemagne se réarmerait à un moment donné et a estimé que si les différends entre la France et l'Allemagne n'étaient pas résolus, il y aurait finalement une autre guerre dans laquelle la Grande-Bretagne serait entraînée. Malgré une certaine opposition, la position de Churchill a été acceptée. Les Allemands étaient également réceptifs et voulaient revenir sur la scène mondiale sur un pied d'égalité. Les Français n'avaient d'autre choix que d'aller de l'avant.
Les traités définitifs ont été négociés à Locarno, en Suisse, du 5 au 16 octobre 1925. Les accords ont été officiellement signés à Londres le 1er décembre.

L'accord le plus crucial négocié à Locarno était le Pacte de Rhénanie entre l'Allemagne, la Grande-Bretagne, la France, la Belgique, l'Italie et la France. En vertu de l'accord, l'Allemagne a officiellement reconnu sa frontière occidentale telle que négociée dans le cadre du traité de Versailles. L'Allemagne, la France et la Belgique se sont en outre engagées à ne pas s'attaquer, tandis que la Grande-Bretagne et l'Italie se sont portées garantes, jurant de se porter à la défense de toute partie attaquée. Des accords supplémentaires comprenaient l'acceptation par l'Allemagne d'un arbitrage sur tout différend frontalier avec la France et la Belgique et la Tchécoslovaquie et la Pologne.

Les traités de Locarno ont considérablement amélioré l'atmosphère en Europe entre 1925 et 1930. Au cours de cette période, on évoquait le Spirit of Locarno dans lequel les tensions entre les grandes puissances d'Europe occidentale ont nettement diminué.


L'Esprit de Locarno : Illusions de Pactomanie

Avec l'aimable autorisation de Reuters

Pendant cinq ans entre 1925 et 1929, une certaine partie de l'humanité, comme ces voyageurs desséchés dans le désert qui pensent avoir entrevu l'oasis qui les sauvera, a cru que la porte d'une paix durable était proche. Ceci, comme nous le savons maintenant, n'était qu'un mirage. Mais un tel mirage n'avait jamais existé auparavant. Les gens n'avaient jamais cru avec autant de ferveur aux bienfaits de la paix, ni espéré si passionnément que la paix serait perpétuelle. L'optimisme a atteint de nouveaux sommets. "Fini les canons et les mitrailleuses : à la place, conciliation, arbitrage et paix !" Lors de la réunion de la Société des Nations du 10 septembre 1926, où l'Allemagne, récemment vaincue, fut reçue comme membre, le ministre français des Affaires étrangères Aristide Briand toucha une nouvelle intensité d'émotion par ces propos célèbres.

Nous n'avons pas encore atteint le cinquantième anniversaire de cette éphémère période d'espoir. Le dernier de ses principaux acteurs, l'homme d'État français Joseph Paul-Boncour est décédé en mars 1972 à l'âge de 99 ans mais la période pourrait bien appartenir à un autre siècle, ou à une autre planète. L'historiographie internationale s'est depuis longtemps emparée du sujet. La libération des archives allemandes, britanniques et américaines, la libération prochaine des Français et de l'Italien, et la libération des archives de la Société des Nations (que l'on doit notamment au Carnegie Endowment for International Peace), en plus de des centaines de mémoires et de témoignages, offrent une source inépuisable de matière à laquelle s'attaquent actuellement des constellations de jeunes historiens. Cependant, le contour essentiel de l'ensemble est clair. Le lecteur me permettra, je l'espère, de viser une vue d'ensemble de l'époque, en signalant ses caractéristiques essentielles : nobles illusions et graves erreurs.

L'année 1924 marque un tournant dans les relations internationales. Jusque-là, les gouvernements français et britannique, les plus directement touchés, faisaient très peu confiance à la Société des Nations. Chaque année, en septembre, ils dépêchaient à la Ligue des délégations plus brillantes que efficaces. La France envoya René Viviani, un orateur sonore, et Léon Bourgeois, le pape du radicalisme, qui en 1910 avait écrit un livre, "Vers une société des nations", qui en avait fait l'expert français en la matière, bien qu'il fût dans le principal un homme solennel mais paresseux. En 1924, après l'élection d'une Chambre des députés « de gauche », Aristide Briand, Edouard Herriot et Joseph Paul-Boncour font leurs premières apparitions à Genève. Le premier gouvernement travailliste d'Angleterre a également décidé de prendre au sérieux l'organisation genevoise. Il semblait que la politique amère et brutale de l'immédiat après-guerre était terminée : la politique incarnée par Poincaré, adepte de l'impitoyable « exécution » des traités, l'homme qui, pour être sûr du paiement des réparations allemandes, a saisi le bassin productif de la Ruhr.

Désormais, l'atmosphère évolue de « l'exécution » à la conciliation d'une manière agréablement régulière. La négociation a remplacé la force. Certes, la sécurité collective n'était pas devenue automatique. Le Protocole de Genève de 1924 aurait pu y parvenir en rendant l'arbitrage obligatoire et en permettant d'identifier un agresseur. La formule d'Edouard Herriot « Arbitrage, sécurité, désarmement » était la conclusion logique de ce processus. Le désarmement, du point de vue français, pourrait être entrepris une fois la sécurité assurée. Cependant, aux yeux des Britanniques, c'est par le désarmement que la sécurité serait atteinte. En fin de compte, cette contradiction a été responsable de l'échec du protocole. Lorsque les conservateurs sont revenus au pouvoir, avec Austen Chamberlain au ministère des Affaires étrangères, ils ont refusé de ratifier le protocole, sous la pression des dominions, ainsi que de l'opposition des États-Unis, qui le considéraient comme une sorte de "Sainte Alliance" qui pourrait miner la doctrine Monroe.

Mais à l'époque cet échec semblait sans importance, simplement une question de report. D'autres accords fructueux ont été signés. À l'été 1924, les accords de Londres ont permis l'adoption du plan Dawes, qui avait été préparé par des experts pour faciliter le paiement des réparations. L'Allemagne, en effet, a accepté sans aucune pression un plan provisoire de cinq ans pour commencer à payer des réparations réduites. Un flot de capitaux privés américains fournirait les fonds nécessaires. Certes, les Allemands n'étaient pas particulièrement satisfaits de cet accord. Mais Gustav Stresemann, qui dirigea la Wilhelmstrasse de décembre 1923 jusqu'à sa mort le 3 octobre 1929, était, comme plus tard Walter Rathenau, un partisan de la politique d'épanouissement. L'annulation des clauses injustes du Diktat de Versailles ne se ferait pas par opposition aux Français, mais plutôt en démontrant la loyauté allemande dans l'exécution de ces mêmes clauses. Et, de fait, en adoptant le plan Dawes, les Allemands ont obtenu l'évacuation de la Ruhr.

À ce stade, le moyen le plus probable pour l'Allemagne d'améliorer sa position était d'entrer dans la Ligue - une proposition qui a nécessité de nombreux mois de discussion publique, car l'opinion allemande a exigé des concessions. Principalement, cela signifiait l'annulation de l'article 231 du traité de Versailles, qui semblait affirmer la culpabilité de guerre de l'Allemagne. C'était une question qui hantait tous les Allemands et fournissait aux ultranationalistes du carburant pour entretenir les feux de la haine. Cependant, Stresemann était réaliste : la prospérité économique, les progrès vers la « Gleichberechtigung » (l'égalité des droits) valaient bien une diminution de l'insistance sur l'article 231. Avant l'entrée de l'Allemagne dans la Ligue, une étape intermédiaire était atteinte. En octobre 1923 sont signés les fameux traités de Locarno. L'Allemagne a librement admis qu'elle n'envahirait pas la zone démilitarisée de la Rhénanie. Ainsi, il n'y aurait plus jamais d'août 1914, ou, à l'inverse, une invasion de la Ruhr. Le Royaume-Uni et l'Italie se sont portés garants. Si le traité était violé, le Conseil de la Société des Nations reprendrait immédiatement l'affaire, si la violation était « flagrante », la victime de l'agression et les garants étaient habilités à entreprendre des opérations militaires sans attendre l'avis du Conseil

Cela ne signifiait-il pas que la paix était assurée ? Les Français pensaient qu'il serait encore plus sûr s'il y avait aussi un « Locarno oriental », si l'Allemagne garantissait également ses frontières avec la Tchécoslovaquie et la Pologne. Mais Stresemann ne le voulait à aucun prix. Il avait implicitement accepté la renonciation à l'Alsace-Lorraine, mais le Corridor polonais, Dantzig et la Haute-Silésie étaient une autre affaire. Et les Britanniques, certains qu'ils n'entreraient jamais en guerre pour Dantzig, soutenaient discrètement Stresemann dans sa résistance.

A partir de là, on peut passer du régional à l'universel. Onze mois de négociations, illuminées par « l'esprit de Locarno », aboutirent à l'admission de l'Allemagne à la Société des Nations. Attachée à Locarno et au Pacte de la Ligue, l'Allemagne avait pris un virage décisif vers le pacifisme. Il en profite en demandant l'évacuation attendue des zones occupées et la réannexion de la Sarre sans attendre le plébiscite de 1935. Ces deux points étaient en négociation depuis la fameuse entrevue à Thoiry entre Briand et Stresemann en septembre 1926. Sur le premier point, l'évacuation anticipée, Stresemann triomphe à la Conférence de La Haye, quelques semaines avant sa mort. En échange de l'adoption d'un nouveau plan de réparations, le plan Young, élaboré non pas pour cinq ans (comme l'avait été le plan Dawes) mais pour 58 ans, la dernière des zones occupées, les environs de Coblence et Mayence, serait évacué en 1930, une preuve remarquable et admirable de foi dans les traités !

Ce succès s'explique en grande partie par un événement antérieur : la signature du Pacte de Paris (Pacte Briand-Kellogg) le 27 août 1928. L'histoire de cet épisode incroyable est bien connue. Le parlement français ayant refusé de ratifier les accords Mellon-Berenger d'avril 1926, sur le paiement des dettes de guerre françaises aux États-Unis, Briand tentait de pacifier l'opinion américaine par quelque geste spectaculaire. Conseillé par le professeur James Shotwell de Columbia, il proposa, en avril 1927, à l'occasion du dixième anniversaire de l'entrée en guerre des États-Unis, que les États-Unis et la France renoncent mutuellement à la guerre - un engagement qui, étant donné l'état des relations américano-françaises, signifiait rien en pratique. Mais, en raison de l'influence d'un radical pacifiste, Salmon O. Levinson, sur le sénateur Borah, et de l'influence du sénateur Borah sur le secrétaire d'État Kellogg, la réponse américaine fut une proposition d'étendre le traité à toutes les nations du monde. Briand accepta, dans un esprit de résignation plutôt que d'enthousiasme, et la guerre fut dûment interdite, sauf sanctions militaires prises par la Ligue. Stresemann s'empressa de profiter de cette situation. Dès la signature du pacte, avec le caractère pacifique actuel (et futur) de l'Allemagne comme base de sa position, il a appelé au départ de ceux qu'il avait désignés dans une lettre privée au prince héritier allemand comme « notre étrangleurs."

Ainsi, en cinq ans, un réseau de traités et d'accords s'est constitué. En septembre 1929, face à Stresemann, pour qui ce sera la dernière session genevoise, Briand lance une nouvelle initiative. S'adressant aux 27 membres européens de la Ligue (près de la moitié des 61 Etats membres), il a proposé qu'ils établissent entre eux "une sorte de lien fédéral".

Cependant, tout cela allait s'effondrer comme un château de cartes. Le "jeudi noir", le 24 octobre 1929, a précipité le krach boursier à Wall Street, qui était le prélude à la plus grave crise économique que le capitalisme ait jamais connue. En 1930, l'Europe n'est touchée qu'indirectement. Néanmoins, en trois ans, tout l'effort politique et l'attitude symbolisés par Locarno devaient s'effondrer. Le 14 septembre 1930, 104 députés nazis sont élus au Reichstag, contre 14 en 1928. Hitler aurait 13 millions de partisans au printemps 1932, et 230 députés aux élections du 31 juillet. Le 30 janvier 1933 , le vieux président, le feld-maréchal Hindenburg, mal conseillé par Franz von Papen, nommerait Hitler chancelier du Reich. Après 1930, la proposition d'union européenne de Briand échouera face à l'opposition britannique et italienne. Malgré le pacte Briand-Kellogg, le Japon envahit la Mandchourie en septembre 1931. Le même mois, l'Angleterre va dévaluer la livre sterling, mettant ainsi fin à 80 ans de libre-échange.

Impuissante face au Japon, la Société des Nations n'a pas non plus réussi à faire aboutir la conférence sur le désarmement face à la volonté de réarmement d'Hitler. En octobre 1933, l'Allemagne se retire de la conférence du désarmement et de la Ligue. La même année, Mussolini commence à penser à prendre l'Éthiopie par la force comme une colonie où installer une population italienne. Depuis la fin de 1932, il n'y avait plus eu de paiements de réparations et plus de remboursements de dettes de guerre européennes envers l'Amérique. Roosevelt, qui a pris le pouvoir au cours du tragique mois de mars 1933, avait prévu de résoudre la crise américaine au niveau national et, malgré l'opposition du secrétaire d'État américain Cordull Hull, a éteint le dernier espoir d'une économie internationale stabilisée en torpillant le Conférence économique de Londres. La débâcle a été totale. « Ce sera Sa Majesté le Canon qui parlera », prophétise Mussolini.

Nous ne devons pas, avec le recul, rejeter à la légère le système symbolisé par le mot « Locarno », mais plutôt essayer d'aller au cœur des principes sur lesquels Locarno a été construit.

L'année 1924 - l'année où les dirigeants britanniques et français s'intéressèrent enfin à la Ligue et commencèrent à y placer quelques espoirs - fut l'année où se produisirent, à une semaine d'intervalle, la mort des deux hommes qui avaient fait le plus pour démolir le système d'un équilibre européen : Lénine et Woodrow Wilson. Laissons de côté Lénine et les avatars d'une Union soviétique isolée dans laquelle Staline construisait le « socialisme dans un seul pays ». Pour l'Occident, le destin de Wilson avait été de planter une graine qui ne porterait de fruit qu'après lui.Avant Wilson, les grandes puissances s'attribuaient des droits particuliers. Ils géraient les affaires des petits pays. Et entre eux, si la conciliation et la négociation ne produisaient pas les résultats souhaités, il y avait toujours recours à l'autre solution : la force des armes. Puisque, après la défaite française de 1871, l'Europe avait été divisée en deux groupes d'alliances opposées, le choc d'un affrontement militaire, s'il se produisait, aurait, comme le prévoyait le mémorandum allemand du 24 juillet 1914, « des conséquences incalculables », La mort de millions de jeunes gens venait de démontrer le résultat ultime du « rapport de force ».

Ce que Wilson avait désiré de tout son cœur, c'était, d'une part, l'égalité des petites et des grandes nations, et d'autre part, à travers la Ligue, un moyen d'éviter les confrontations finales. Durant les premières années des années vingt, il avait échoué, non seulement au Sénat américain mais aussi en Europe, où Clemenceau, Lloyd George, Bonar Law, Millerand, Poincaré et Mussolini voyaient peu de valeur dans ses principes. Mais en 1924, la situation avait changé. Macdonald, Briand, Herriot, Paul-Boncour, Beneš, Politis, Titulescu et des légions d'autres hommes d'État influents étaient saturés des idées de Wilson, Stresemann, plus nationaliste que wilsonien, répudiait, par sincérité ou par opportunisme, l'idée de la vengeance par la force. Cette nouvelle génération, coincée entre les traditionalistes qui regrettaient la diplomatie à la Bismarck ou à la Delcassé et les cyniques audacieux qui allaient produire le fascisme, essaya sincèrement de construire une Europe wilsonienne, et crut même un moment qu'elle réussissait. Et aux États-Unis même, si les républicains au pouvoir étaient des « nationalistes », les « internationalistes » wilsoniens ont également influencé une partie non négligeable de l'opinion publique.

Ces hommes, dont Briand est probablement le meilleur exemple, avaient fondé leur conception de la sécurité sur l'optimisme, prenant la Ligue comme cadre d'action. « La Ligue, écrivait Paul-Boncour, était une tentative massive de démocratie internationale. Il poursuit en disant : « Briand était merveilleusement habile à manipuler cette institution. Il jouait de sa voix comme s'il s'agissait d'un violoncelle. , mais en gardant l'essentiel, ne connaît pas le meilleur du talent de Briand."

Il s'agissait bien d'une toute nouvelle diplomatie, remplaçant les traditionnelles négociations secrètes menées par des ambassadeurs de carrière experts et cyniques. Cette nouvelle diplomatie était ouverte et lente, agrémentée de longs discours mais offrant aux hommes d'État des rencontres personnelles périodiques et un moyen de faire connaissance, qui produisaient parfois de véritables amitiés transcendant les frontières nationales. Concrètement, si les premiers efforts de la Ligue étaient loin d'être prometteurs (affaires de Vilna, Memel et Corfou), elle connut un succès évident dans le règlement des sanglants incidents gréco-bulgares d'octobre 1925, et elle gouverna efficacement la Sarre. Ses hauts fonctionnaires ont joué un rôle discret mais efficace en assurant la protection des minorités, en s'efforçant de surmonter les catastrophes sociales et en garantissant des garanties pour le travail. Ce qui était en fait le système à son apogée pouvait être considéré, pour un temps, comme un début prometteur.

Ni la Ligue ni la diplomatie de Locarno ne peuvent être tenues pour responsables de la prospérité de 1925 à 1929. Cependant, il y a eu une sorte de préfiguration du futur système de Bretton Woods en ce sens que la Ligue a contribué à la restauration financière de certains pays dont l'économie avait été disloqué par la guerre. Préparée par Jean Monnet, sous-secrétaire général, la conférence économique de Bruxelles (24 septembre-8 octobre 1920) avait tenté de régler les troubles monétaires. Ces efforts ont produit le « Comité économique » et le « Comité financier », composé d'experts bien connus, dont le secrétaire commun était Sir Arthur Salter. De nombreux pays ont bénéficié de ses conseils. Dans un livre récent, « Banker's Diplomacy », B. H. Meyer démontre que si les banques centrales ont joué le rôle décisif, la restauration monétaire de la Pologne, de la Yougoslavie et de la Roumanie devait une certaine somme au « Comité économique » de la Ligue. L'Autriche, aussi, a reçu une aide qui lui a permis de restaurer son économie. Le délégué italien Tittoni proposa à Genève que les richesses naturelles de l'univers entier fussent mises en commun, sous le contrôle absolu de la Société des Nations. Une conférence économique s'est tenue en 1927, une année favorable ? car les monnaies étaient à nouveau stables et la stabilité budgétaire était la règle plutôt que l'exception. Cette conférence dénonce le nationalisme économique et fixe comme objectifs « le retour au libre-échange international, condition primordiale de la prospérité ». N'était-il pas possible de croire qu'une telle philosophie puisse progressivement modifier l'attitude générale ? Même dans des pays fortement protectionnistes comme les États-Unis de l'époque, une philosophie libérale dérivée du point trois du président Wilson avait été adoptée par des personnes influentes, en particulier par Cordell Hull.

Mais l'optimisme, la foi dans la nature humaine, les espoirs de progrès et de paix se sont manifestés avant tout dans une multiplicité d'accords formels. Nous avons évoqué les plus célèbres d'entre eux, Locarno et le Pacte Briand-Kellogg. La foi dans les contrats n'avait jamais été aussi forte. Des traités de paix, de commerce, d'alliance, publics et secrets, avaient certainement existé en grand nombre au cours des trois siècles précédents. Mais ce qui apparaissait maintenant, et semblait se développer, était autre chose : des traités limitant les armements (Washington, 1921 Londres, 1930) des pactes de non-agression des traités d'arbitrage de reconnaissance des gouvernements (notamment concernant l'Union soviétique).

Aux soi-disant Diktats de 1919-1920 ont succédé des traités qui étaient souvent librement négociés puis signés par des égaux. L'Italie, par exemple, bien que fasciste, a participé à cette « pactomanie », parfois bien sûr avec ironie. Ne considérer que les traités conclus par l'Italie entre 1924 et 1929 : en octobre 1925, les accords de Locarno le 6 décembre 1926, un accord avec le Royaume-Uni cédant Djaraboub à la Libye l'échange de lettres anglo-italiennes entre le 16 et le 20 décembre 1926 , au sujet de l'Ethiopie en septembre 1926, un traité d'amitié et d'assistance technique avec le Yémen le 16 septembre 1926, un traité d'amitié avec la Roumanie le 27 novembre 1926, un pacte d'amitié et de sécurité avec l'Albanie le 4 avril 1927 , un traité d'amitié italo-hongrois le 22 novembre 1927, un traité d'alliance défensive avec l'Albanie le 30 mai 1928, un traité d'amitié avec la Turquie le 2 août 1928, un accord de conciliation et d'arbitrage avec l'Éthiopie le 23 septembre , un traité d'amitié italo-grec.

L'Union soviétique signe des traités encore plus systématiquement : le 20 janvier 1925, un accord avec le Japon le 17 décembre, un traité de neutralité russo-turc le 24 avril 1926, avec l'Allemagne, le célèbre traité de Berlin d'amitié, de neutralité et de non-agression 31 août 1926 , un accord russo-afghani le 28 septembre 1926, un traité d'amitié et de neutralité avec la Lituanie le 9 mars 1927, un traité (qui n'a pas été ratifié) avec la Lettonie le 1er octobre 1927, un traité avec la Perse le 9 février 1929, le Moscou accord sur le protocole Litvinov, l'adhésion de l'Union soviétique, de la Pologne, de la Roumanie et de la Lettonie ainsi que de la Turquie, de la Lituanie et de l'Estonie au Pacte Briand-Kellogg.

Ces listes, bien qu'incomplètes, montrent à quel point les traités européens se multipliaient, des plus insignifiants et souvent intéressés aux plus exigeants. C'était comme si l'univers suivait l'exemple de William Jennings Bryan, le grand roturier, pour qui la signature d'accords, aussi fragile soit-elle, était une manie.

L'impulsion de la pactomanie devait survivre jusqu'aux années 1930, alors même que le système sur lequel elle était fondée était en train de s'effondrer. Hitler, qui n'avait aucun souci pour les accords assermentés ou le caractère sacré des traités, a exploité le fond de ses futurs adversaires pour les pactes. Il a rarement violé un traité sans l'offre simultanée d'un pacte grandiose de non-agression qui devait couvrir les 25 prochaines années. Tout le monde fut victime de cette manœuvre, de la Pologne en 1934 à la Russie en 1939, avec les lamentables traités de non-agression signés par la Grande-Bretagne (30 septembre 1938) et la France (6 décembre 1938). Pour le Führer, tout cela n'était qu'un écran de fumée.

Considérons une démocratie traditionnelle comme la France : malgré ses liens avec la Tchécoslovaquie et la Pologne, en 1938 elle a violé sa parole et abandonné son alliée la Tchécoslovaquie, et en 1939 est entrée en guerre sans être prête à entreprendre, théoriquement pour aider son alliée, la Pologne, mais sachant très bien qu'avec une armée entièrement organisée pour la défense, elle ne pouvait, en effet, apporter aucun secours.

Signer de nombreux traités est une manifestation de foi dans la parole des autres. C'est aussi une présomption que l'on aura soi-même le courage et la force de tenir une obligation jurée. A l'époque de Locarno, il y avait une volonté de croire à la bonté humaine fondamentale. « Locarno, écrivait Austen Chamberlain vers 1935, reste un rideau de sécurité pour l'Europe. Mettre en doute sa validité serait encourager des espoirs et des ambitions qui ne pourraient se réaliser que par la guerre. Hélas, la suppression du doute sur la bonne foi d'autrui garantit-elle cette bonne foi ? Stresemann aborde la même question dans l'un de ses derniers discours en septembre 1929 : « La compréhension internationale est souvent un travail de Sisyphe. Il est donc essentiel d'avoir la foi."

Dans sa totalité, l'esprit de Locarno était moins un esprit de « l'opinion publique mondiale », qu'il n'était le reflet des attitudes communes d'un groupe d'hommes influents dont Genève était le centre : ministres, ambassadeurs, hauts fonctionnaires internationaux, des journalistes, des écrivains, quelques universitaires, des membres de nombreuses associations nationales et internationales qui soutiennent la Ligue, certains groupes religieux, etc. Leur but était d'éviter la guerre, de consolider la paix. Leurs moyens étaient la discussion ouverte, les propositions généreuses et la signature de pactes, reprenant sans cesse les mots « paix », « sécurité », « réconciliation », « rapprochement », « accord », « compréhension », « espoir », « progrès », « avenir », « humanité », « union ». Ils pensaient, comme Stresemann l'a exprimé dans le discours déjà cité, que "Quiconque regarde en arrière avec son esprit ces dernières années, et qui n'est pas délibérément aveugle, doit convenir que la compréhension internationale a progressé. Ce progrès doit continuer."

Pour comprendre l'effondrement de l'ordre mondial de Locarno, trois thèmes doivent être abordés : l'étroitesse de la base politique, la persistance du nationalisme et les erreurs de politique économique.

Le monde de la Ligue, distinct de celui des Nations Unies à la suite du « package deal » de 1955, était étroit. L'Union soviétique considérait l'organisation genevoise comme une association de ses adversaires qui envisageait de l'encercler et de la détruire. Certes, la maladie du commissaire aux Affaires étrangères Chicherin en 1928, et l'influence croissante de Litvinov, amèneront la Russie soviétique à modifier sa politique et à adhérer à la Ligue en 1934. Mais il était déjà trop tard. L'Union soviétique n'intéressait pas beaucoup les hommes de Genève, sauf pour les Allemands, qui s'en servaient pour renforcer la résistance soviétique à l'Occident. En France, Briand a toujours été indifférent à la Russie, et les premiers pas vers un rapprochement franco-russe n'ont pu être entrepris qu'après sa mort. Quant aux Etats-Unis, il n'y a jamais eu de majorité de sénateurs favorables à l'adhésion à l'organisation genevoise. L'exclusion des deux pays potentiellement les plus puissants du monde a fortement limité l'efficacité du système, même si les deux grands pays ont été associés à certains de ses engagements : le Pacte Briand-Kellogg et la conférence du désarmement.

Il y avait aussi un immense univers de silence comprenant les innombrables peuples soumis aux empires. Toute l'Afrique, le Moyen-Orient et l'Asie du Sud-Est, à quelques exceptions près, ont suivi des destins qui leur ont été imposés par des dirigeants européens lointains. Aujourd'hui, les réactions authentiques de ces peuples, ou du moins de leurs élites à l'époque coloniale, sont étudiées avec passion. En effet, nul doute que le succès ou l'échec de la Ligue à Corfou, en Bulgarie, en Sarre ou au Chaco n'intéressait que très peu ces élites. Leurs aspirations à l'égalité, soit par l'assimilation (par exemple le mouvement « Jeune Algérie »), soit par l'accession à l'indépendance, étaient inconnues du grand public ainsi qu'à Genève. L'Europe politique ignorait qu'un monde se préparait à naître.

Mais - et cela est tout aussi important même dans les pays qui étaient membres de la Ligue - de larges segments du public ont montré du scepticisme et même de l'hostilité à son égard. A côté des sympathisants communistes qui soulignaient le caractère « bourgeois » et « capitaliste » de la Ligue, il y avait les nationalistes plus soucieux de pouvoir et de prestige que de paix, et les traditionalistes, qui souhaitaient revenir aux vieux principes de l'Europe équilibre fondé sur un concert de grandes puissances et des alliances bilatérales. Ainsi, on peut dire que seule une minorité de l'opinion publique, recrutée dans la gauche modérée, soutenait la politique de Locarno.

Dans un curieux livre intitulé "Locarno sans rêves" que l'écrivain politique français Alfred Fabre-Luce, connu comme adversaire de Poincaré et partisan de la Ligue, publié en 1927, il énumère ses faiblesses et contradictions fondamentales : " L'opposition entre les principes de la Ligue et de son étendue géographique" "Opposition entre son organisation générale et les accords régionaux qu'elle a autorisés" "Opposition entre la justice et les traités" "Opposition entre la Ligue en tant qu'exécuteur des vainqueurs et la Ligue en tant qu'organe de réconciliation" "Opposition entre l'interdiction absolue de la guerre et l'organisation incomplète du règlement pacifique des conflits" "Opposition entre l'Esprit de la Ligue et certains de ses modes d'action." C'était un résumé efficace de l'étroitesse de la base politique de l'organisation internationale.

En Allemagne, le nationalisme apparaît sous une forme virulente. Mais Fabre-Luce n'avait pas raison de désigner la Ligue comme l'exécuteur testamentaire des « vainqueurs ». Le maintien du statu quo tel que produit par les traités de 1919-1920 n'était-il pas le moyen le plus simple de maintenir la paix ? Mais tous les Allemands pensaient que ces traités étaient injustes et ils croyaient qu'en agissant comme si les traités étaient justes, les Français pratiquaient aussi un nationalisme pernicieux. Briand avait fait des concessions, mais en compromis, "en zig-zag" comme le remarque Fabre-Luce.

Citons Pascal, et nous comprendrons le dilemme de la Ligue vis-à-vis des nationalistes : « Incapable de forcer l'obéissance à la justice, elle a été faite juste pour obéir à la force incapable de renforcer la justice, la force a été justifiée, de sorte que la justice et la force ne font qu'un, et la paix existe, qui est le souverain bien."

Un monde dans lequel toutes les transactions internationales seraient réglées par des contrats, et dans lequel les contrats seraient fidèlement observés, pourrait être un paradis intellectuel pour les juristes et quelque chose de moins que pour de grandes masses de l'humanité. Car l'origine des contrats est parfois plus importante que leur valeur assignée. Et dans la société internationale, un contrat est presque toujours une transaction fondée sur la force. Le vainqueur impose sa volonté au vaincu. Un monde dans lequel la victoire reflète invariablement la volonté de Dieu serait vraiment un monde chanceux. Nous savons, hélas, que ce n'est jamais le cas. Un traité de paix implique donc généralement des avantages pour le vainqueur, fondés principalement sur la maxime « Vae victis ! Le vainqueur peut adopter des attitudes diverses : il peut épargner le vaincu, comme Bismarck a épargné l'Autriche en 1866, pour éviter de la pousser dans des alliances dangereuses ou il peut satisfaire un désir qu'il sent parfaitement juste, mais que le vaincu peut ressentir avec un égal la sincérité est parfaitement injuste. (Un exemple est l'annexion par Bismarck de l'Alsace et de la Lorraine parce que leurs dialectes allemands lui semblaient les intégrer à l'Allemagne. Les Français ne pouvaient accepter ce Diktat qu'avec indignation car la volonté des Alsaciens et des Lorrains de rester français leur paraissait un critère plus élevé de nationalité que de langue.) Ou le vainqueur peut aller encore plus loin et satisfaire ses propres intérêts sans aucun souci de justice (par exemple, le partage de la Pologne, simplement parce qu'elle était faible, par Hitler et Staline en 1939).

En tout cas, un traité peut susciter chez le vaincu un mécontentement passionné, et un désir de vengeance plus ou moins violent. Un traité peut être non seulement injuste en soi, mais aussi cause de guerre et de violence. Et il ne sert à rien de dire que le temps arrangera tout. Dans certains cas, comme on l'a vu en Irlande, la violence peut reprendre au moment même où certains éléments essentiels semblent réglés.

Pour un partisan du gouvernement totalitaire, prêt à subordonner toutes les autres valeurs à sa doctrine, les accords assermentés ne comptent pour rien lorsque l'équilibre des pouvoirs change, il cherchera avidement à profiter du changement. C'est vrai à la fois du nationaliste confirmé et du raciste confirmé, Bismarck, que l'on peut certainement appeler, sinon un nationaliste, du moins un Prussien confirmé, a fait la remarque suivante à un diplomate autrichien : « L'Autriche et la Prusse sont toutes deux des États trop grands et important d'être lié par le texte d'un traité. Ils ne peuvent être guidés que par leurs propres intérêts et par leur propre convenance. Si un traité bloque la voie à la réalisation de ces intérêts et de ces commodités, le traité doit être rompu. Ce serait aussi très bien pour un marxiste-léniniste, qui exprime les relations entre pouvoirs en termes de lutte des classes. Staline n'observa les traités négociés en 1920 et 1921 entre la Russie bolchevique et ses voisins occidentaux que dans la mesure où il lui parut impossible de les rompre. Lorsque l'occasion se présenta, à l'été 1939, il n'hésita pas à accomplir une grande manœuvre, habilement, il imagina s'appuyer sur un ennemi confirmé, détesté de toute l'humanité, pour récupérer les territoires russes perdus à Brest-Litovsk.

Pour les démocraties occidentales, le respect d'un traité est une valeur bien plus certaine que pour un État totalitaire. Si un homme d'État démocrate occidental va jusqu'au bout des conséquences de cette idée, comme l'a voulu le président Wilson, il essaie de s'assurer que le contrat est juste, afin que les vaincus l'adoptent et abandonnent l'idée de vengeance. La difficulté est qu'il n'y a pas encore de critère objectif de ce qui est juste. On peut parfois réussir par essais et erreurs, ou peut-être parce qu'on a de l'aide de la géographie et de l'histoire. Certes, le traité des Pyrénées de 1659 entre la France et l'Espagne était bon car, en dehors des crises exceptionnelles de la Révolution et de l'Empire, la frontière est restée stable pendant plus de trois siècles.Dans ce cas aussi, il y avait un gagnant et un perdant.

Dans le cas de Wilson, c'était incomparablement plus difficile. Certes, les principes en jeu étaient sains, établissant comme ils le faisaient l'égalité des droits des grandes et des petites nations, fixant des frontières selon des lignes de nationalité « clairement reconnaissables », sans parler de la création de la Société des Nations. Malheureusement, dans de nombreuses régions, les lignes de nationalité n'étaient pas du tout « clairement reconnaissables ». Dans de nombreuses régions du monde, deux peuples peuvent revendiquer avec la même passion le même district en tant que partie intégrante de leur nation. Certains historiens américains ont tendance à croire que la paix de Versailles aurait été plus juste si Wilson n'avait pas été obligé de lutter avec Clemenceau. Mais, en effet, sur tous les points de désaccord entre les deux hommes, la Sarre, la séparation politique de la Rhénanie-Clemenceau céda, ne tenant que pour l'occupation temporaire de la Rhénanie. Et cela aussi devait être évacué à l'avance, en 1930, trois ans avant l'avènement d'Hitler. Ce qui paraissait inacceptable à tout Allemand, et nourrissait un sentiment d'exaspération qui favorisait la montée au pouvoir des nazis, ce sont deux points sur lesquels Wilson et Clemenceau étaient toujours d'accord : l'article 231, qui semblait affirmer la culpabilité allemande, et le fameux Corridor polonais, qui découle directement du point treize de Wilson, selon lequel une Pologne reconstituée devrait avoir accès à la mer.

S'il est donc très difficile d'arriver à des contrats « équitables », l'une des préoccupations des sociétés démocratiques doit être de trouver un moyen d'améliorer les contrats qui ne donnent pas satisfaction. Les traités ne sont pas éternels, à moins que, comme le dit Mussolini, on veuille dire que le monde est mort. Même pour un démocrate, les traités ne sont pas éternels. Les juristes démocrates ont introduit la notion de « Rebus sic stantibus » (si les conditions restent les mêmes). Et, bien sûr, les conditions ne restent jamais les mêmes pour toujours.

Il était facile de voir, entre les deux guerres, que le traité de Versailles n'était pas parfait. Mais les deux principales démocraties qui en sont responsables, la France et l'Angleterre, avaient adopté à son égard des attitudes contradictoires. La France s'est longtemps accrochée à l'idée d'une pleine « exécution » du traité. Puis elle a fait des concessions, mais "trop ​​peu et trop tard". L'Angleterre s'est convertie à l'idée des concessions au printemps 1919, et sans doute cette attitude, partagée par la gauche française, et plus tard par Briand, était la plus sage. Mais les Anglais sombrèrent dans l'incohérence dans leur volonté de maintenir et même de systématiser leur politique de concessions après la prise du pouvoir par Hitler. C'était "l'apaisement". Rien n'est plus significatif que la réaction d'Anthony Eden, chef du ministère britannique des Affaires étrangères, à la réoccupation par Hitler de la zone démilitarisée en Rhénanie, en mars 1936. Ceci, a-t-il observé, était « un coup dur pour le caractère sacré des traités ». Mais, a-t-il immédiatement ajouté, "Heureusement, il y a lieu d'espérer que cela ne conduira pas à la guerre".

Certains des successeurs d'Eden en vinrent à penser que tout coup porté par Hitler contre le traité de Versailles, ou pour l'annexion des populations germanophones, était finalement justifié. Ce n'était que la méthode d'Hitler qui devait être condamnée. Par conséquent, le contrat initial ayant été rompu, le dictateur doit être persuadé d'en signer un nouveau. Hitler a si bien compris cette attitude qu'il a couplé ses actes de violence internationale, comme on l'a vu, à des propositions spectaculaires par exemple, des traités de non-agression pour les 25 prochaines années. Ainsi, d'un côté, Hitler a tenté de pacifier les démocraties en leur offrant des traités qu'il était prêt à violer dès que le rapport des forces aurait basculé. De l'autre, les Anglais ont cru pouvoir persuader Hitler que ses méthodes étaient mauvaises et lui ont donc proposé des traités destinés à le convertir à une attitude plus respectueuse des traités. Bien sûr, les résultats ont été à l'opposé de ce qui avait été espéré et, en fin de compte, l'approche du secrétaire d'État Stimson consistant à ne pas reconnaître les fruits de l'agression était la plus rationnelle.

La plus grande faiblesse du système que nous avons décrit est aussi la moins connue. C'est la médiocrité de la politique économique, ou, pour le dire plus précisément, l'échec de la politique à refléter la réalité économique.

La décennie des années vingt avait été, pour l'Occident, et particulièrement pour les États-Unis, une décennie de capitalisme débridé. Pour Hoover, qui était en grande partie responsable de cette situation, d'abord en tant que secrétaire au Commerce, puis en tant que président, l'optimisme était de règle. « L'individualisme américain » impliquait la possibilité pour chaque citoyen de faire fortune. Pour les capitalistes, cela impliquait également la possibilité d'agir sans contraintes imposées par l'État, et même avec la protection de l'État sous la forme de faibles taxes et de droits d'importation élevés.

Au niveau international, contrairement aux idées de Wilson, puis de Cordell Hull, il y avait une concurrence désorganisée et un égoïsme protectionniste. En Europe, on suivait à peu près les mêmes méthodes, bien qu'ici et là les cartels internationaux aient pu imposer une sorte d'ordre. L'Accord international sur l'acier, adopté le 30 septembre 1926, fixait les quotas de production de l'Allemagne, de la France, de la Belgique, du Luxembourg et de la Sarre. Mais c'était un cas exceptionnel. Dans l'ensemble, rien n'était disponible pour contrôler la production, la surproduction et le crédit, sauf une foi moralisatrice dans l'excellence des lois économiques.

Cette foi eut une autre conséquence. Il était jugé essentiel que les débiteurs remboursent leurs dettes de guerre. Pour encourager le remboursement, l'administration Hoover a établi un principe selon lequel les pays qui n'avaient pas réglé leurs dettes, ou les citoyens de ces pays, n'étaient pas éligibles aux prêts américains. Ces stipulations, entre 1925 et 1930, orientèrent les capitaux américains disponibles vers l'Allemagne, lui permettant ainsi de payer des réparations pendant les cinq années du plan Dawes. Mais lorsque la crise est arrivée et que les fonds américains ont été retirés, l'Allemagne n'était plus en mesure de payer les réparations. Les anciens pays vainqueurs ne pouvaient plus payer leurs dettes. Cette situation s'est présentée en 1932, et l'on sait combien ces difficultés ont contribué à empoisonner les relations entre l'Europe et les États-Unis.

Des erreurs monétaires se sont ajoutées à l'égoïsme protectionniste. Attirés après la guerre dans un monde d'inflation jusqu'alors inconnu, les dirigeants européens ont commis presque toutes les erreurs possibles. En rapprochant la livre sterling de l'or à sa parité de 1914, Winston Churchill, en tant que chancelier de l'Échiquier, condamnait l'Angleterre à une période indéterminée d'un million de chômeurs. En comptant sur les réparations pour combler ses déficits budgétaires, la France vécut jusqu'en 1926 dans un état de crise monétaire permanente. Quant à l'Allemagne, la destruction du mark en 1923 a certes enrichi quelques puissants hommes d'affaires, mais a appauvri la classe salariée, anéanti toutes les petites économies et créé des conditions de misère propices au recrutement nazi. La relative sagesse des années 1925 à 1929 (budgets équilibrés et monnaies plus ou moins stables) s'accompagnait d'une absence totale de contrôle de la production et du crédit, comme si l'État, devenu pour un temps sage, laissait aux producteurs le droit devenir fou.

Lorsque la crise de surproduction s'est développée, personne n'était prêt à y faire face. En matière monétaire, le monde, au lieu de s'entraider, s'est scindé en trois groupes, les pays qui avaient dévalué (principalement le Royaume-Uni et les États-Unis) les pays du « Gold Bloc » (principalement la France), s'accrochant bêtement à parité monétaire et tentant de baisser leurs prix par une déflation productrice de mécontentement et de pays à contrôle total des devises (Allemagne principalement). Cette absence de solidarité internationale fut presque aussi catastrophique pour le monde que l'avènement d'Adolf Hitler.

On pourrait résumer ces « erreurs économiques », dont on ne donne ici qu'une liste très incomplète, en disant que les hommes politiques, soit par ignorance, soit par illusion, ignoraient l'envahissement du politique par les considérations économiques. La Grande Guerre avait considérablement accru les responsabilités économiques des gouvernements, mais ceux-ci avaient reculé devant la nouvelle réalité. Ils géraient leurs budgets comme ils le faisaient avant 1914, laissant aux intérêts privés, notamment aux banques, le soin de diriger leur économie. Les banques françaises, anglaises et allemandes, toutes puissantes avant 1914, investissant partout dans le monde, s'étaient repliées sur elles-mêmes. Une loi française de 1918, qui a fonctionné pendant dix ans, a même interdit les investissements dans des fonds étrangers, contraste extraordinaire avec le fier impérialisme économique de la France au début du siècle.

Les banques n'ont pas su combler le vide laissé par l'incompétence économique du gouvernement. Et les banques centrales - la Banque d'Angleterre de Sir Montagu Norman, la Reichsbank du Dr Hjalrnar Schacht, la Banque de France de Robineau puis Moreau, au lieu de se considérer comme des instruments au service du bien commun, cherchaient avant tout à préserver leur caractère privé et leur indépendance vis-à-vis de l'Etat. La fabuleuse ignorance économique et financière d'Aristide Briand, homme d'État typique de la « génération Locarno », ne doit pas faire oublier que ses partenaires, Austen Chamberlain, Frank B. Kellogg ou encore Gustav Stresemann n'étaient guère plus compétents que lui.

Ainsi, dans un monde où l'État devenait responsable de l'économie, les politiques n'ont pas cherché à s'adapter à leurs nouvelles responsabilités et les banques ne les ont pas aidés. La conjoncture économique s'annonçait bonne et, encore une fois, un excès d'optimisme faisait croire qu'elle resterait bonne indéfiniment.

L'esprit de Locarno était un beau rêve, un rêve de réconciliation et de paix fondé sur la fidélité aux engagements jurés. De ce rêve plaisant mais un peu absurde est venu le plongeon dans l'abîme de l'horreur. Et, bien sûr, entre l'esprit de Locarno et l'esprit du Lebensraum, le choix n'est pas difficile. Partageons au moins avec les hommes de Locarno, appartenant déjà à une époque si lointaine, une foi dans le progrès de l'humanité. C'est simplement qu'après plus de 50 ans d'expérience, notre foi est moins naïve et plus anxieuse.


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